Maison Magda, des gites de campagne entre douceur brute et esthétisme minimaliste
Se laisser perdre sur des petites routes de campagne, sinuant entre les vignes, la forêt et des villages de caractère de la Loire peut vous conduire à Maison Magda, un lieu insoupçonné au charme apaisant et au style intemporel. Ce sont deux esthètes, Claire et Kévin Dolmaire, respectivement architecte et photographe d’architecture qui ont imaginé deux gites jouxtant leur maison principale, posés sur les coteaux d’une région accueillante, celle de la côte roannaise des Monts de la Madeleine.


Cet achat de maison, c’est véritablement un retour aux sources pour Claire, un retour dans cette région chérie où elle a passé, petite et en famille, des moments heureux. Après des escales à Toulouse et à Lyon, où elle a, avec Kevin, rénové une maison et un appartement, ils ont eu envie de se poser loin du tumulte de la ville et offrir à leur petite fille un cadre de vie apaisant au contact de la nature. C’est donc tout simplement que leur choix de destination s’est porté sur Ambierle, ce village de cœur de son enfance.

Lorsqu’il ont trouvé en 2022 leur maison à rénover avec une vue dégagée sur la plaine roannaise et les monts de la Madeleine, l’agent leur a expliqué que dans le corps de bâtiment à vendre, outre la maison principale qui pourrait accueillir la famille et un terrain de 4000 m2, se trouvait une autre bâtisse en pierres à l’abandon sise juste à côté et que l’ancienne propriétaire avait pris soin d’acquérir pour se garantir une précieuse tranquillité. Cette cerise sur le gâteau allait devenir pour le couple une aubaine, l’objet d’un projet de gites idéal pour ces deux architectes. Leur souhait était d’imaginer un lieu de vacances, de rencontres et de partage dans cet écrin de nature et de quiétude.

C’était l’occasion rêvée pour Claire, en proie à quelques doutes à l’époque, de retomber en amour pour son métier d’architecte et de prendre les reines de la conception de A à Z de ce projet. Kévin ne serait bien sûr jamais bien loin pour l’épauler, la rassurer et réaliser les meubles sur mesure qu’elle imaginerait. C’est bien là toute la différence entre une rénovation lambda et une rénovation d’architecte. Le dessein de Claire serait d’imaginer des espaces optimisés à la fois esthétiques et fonctionnels, de créer une œuvre unique à partir d’une feuille blanche avec des partis-pris marqués, le tout en sublimant la lumière et en mettant en exergue les matériaux. Pour elle, « ils sont la cohérence des espaces, l’harmonie des ambiances, les notes de la partition ». Et quelle partition !


Un grand chantier de terrassement, de maçonnerie et de menuiseries extérieures débuta alors avec des entreprises locales pour mettre en œuvre ce projet global d’envergure intégrant à la maison principale l’autre édifice et faire de ces deux entités un ensemble cohérent et harmonieux. D’ailleurs, aujourd’hui, à l’entrée du domaine, un porche est devenu le trait d’union entre les deux anciennes propriétés et on a l’impression que ce corps de bâtiment n’a toujours fait qu’un depuis des décennies.


Après la phase du gros œuvre, Claire et Kévin se sont improvisés chef d’orchestre pour réaliser les travaux d’électricité, de plomberie, d’agencement et de menuiseries intérieures. Leurs préférences décoratives, que ce soit pour leur habitation principale et pour les gites se déclineraient avec des matériaux bruts, authentiques, naturels, sans artifices, intemporels et durables. Le tout, avec l’envie d’imaginer des lieux de vie évoquant une certaine douceur brute et un esthétisme minimaliste qui deviendrait leur signature.

Au moment d’affiner le projet, Claire s’est inspirée du travail et de l’univers de deux femmes de talent : l’artiste peintre américaine Georgia O’Keeffe et l’architecte et designer française Charlotte Perriand. Elle s’est penchée sur les liens qu’il pouvait y avoir entre les maisons de ces deux femmes, leur personnalité et leur œuvre respective. Les deux gites ont donc été tout naturellement baptisés Georgia et Charlotte en hommage à ces deux personnalités anti-conformistes et visionnaires. Les deux appartements ont des points communs évidents : des tonalités naturelles, des matériaux bruts, parfois de récupération, une omniprésence du bois teinté au brou de noix, des lignes contemporaines et épurées, du mobilier vintage et des objets artisanaux ou chinés, choisis avec soin. Les matières prennent le pas sur la couleur et ce choix induit de fait une ambiance apaisante et sereine, propice au calme et au repos. En bonne cheffe d’orchestre, Claire a su au final trouver dans ses deux gites le juste équilibre entre l’ancien, l’artisanal et le contemporain. En outre, même si une parfaite harmonie règne entre les deux, de subtiles nuances opèrent de l’un à l’autre.

Le gite Georgia

Claire a découvert le travail artistique et l’univers de Georgia O’Keeffe au moment du début de la réhabilitation des gites et plus précisément a instinctivement été sensible à l’approche sensorielle voire charnelle à son lieu de vie et de travail, le Ghost Ranch d’Abiquiù au Nouveau Mexique.


L’ambiance de cette « casa » et l’approche des espaces serait le point d’orgue de la décoration du premier gite situé à l’étage de la bâtisse en pierre. La première impression qui s’en dégage, c’est à la fois une délicieuse lumière dans le salon et une douce pénombre rassurante pour l’espace nuit.





Ce gite est un véritable cocon que l’on n’a plus envie de quitter ! Et ce n’est pas le linge de lit douillet ni le charmant petit poêle à bois qui nous inciteraient à partir…







Avec un regard plus attentif, je réalise les références implicites à l’artiste. La simplicité monacale de la double pièce, ouverte sur la percée du paysage environnant est surprenante. On a cette intime impression que l’espace est aménagé de telle sorte que rien ne peut troubler la quiétude extérieure.



Cette esthétique minimaliste monochrome est comme naturelle, organique et existe grâce aux formes géométriques, aux lignes courbes presque fluctuantes. Le mobilier de bois brut répond avec pudeur aux murs simplement chaulés. La banquette sur mesure a été dessinée par Claire et réalisé par Kevin.



Un crâne d’animal vient faire un clin d’œil plus évocateur encore à Georgia et rappelle certaines de ses toiles inspirées du Nouveau Mexique. Pour elle, aucun signe ici de mort mais bel et bien une simple relation avec le ciel…


Quoiqu’il en soit, ce gite peut devenir sans conteste le berceau d’une retraite « au vert » tant l’atmosphère qui s’en dégage est rassérénant.
Le gite Charlotte
Charlotte n’a rien a envier à Georgia. Elle a même un petit truc en plus : un accès direct à la terrasse et au jardin puisqu’elle est en rez de chaussée.

Pour cette partie, on est plus sur une construction plutôt qu’une rénovation. La fameuse page blanche fut encore plus blanche. Immaculée.








On y retrouve les mêmes codes architecturaux et décoratifs mais avec une distribution en enfilade, une hauteur sous plafond plus généreuse, une lumière plus abondante. L’esprit Perriand est distillé plus par l’agencement en général que par un style en particulier. L’espace est pensé, agencé.

Le grand meuble toute hauteur réalisé par Kevin est fonctionnel et même s’il est imposant, il sait rester discret et homogène face à l’architecture générale. Il est multifonctionnel et parfaitement intégré car il sert tout à la fois de cuisine ouverte, de bibliothèque et cloisonne le salon pour mieux dissimuler la chambre.











L’autre hommage à l’inventrice visionnaire de génie qu’est Charlotte Perriand est le minimalisme de l’ensemble avec des lignes épurées, des matériaux simples ; en bref, une profonde harmonie avec la nature et l’espace. La célèbre maxime si novatrice à l’époque « l’important ce n’est pas l’objet mais l’homme » est ici bien illustrée. On sent que Claire a longtemps réfléchi à l’agencement de ce petit espace en imaginant un art d’habiter, une véritable expérience de vivre simple et agréable.




Ce qui est agréable justement, c’est que la limite est floue entre les deux inspirations féminines. Dans le gite Charlotte, on retrouve une des marottes chère à Georgia : une vaste fenêtre qui donne dans la chambre une vue imprenable sur la nature, tel un tableau. Dans le gite Georgia, la volonté de Claire d’épurer le quotidien fait un clin d’oeil non dissimulé à Charlotte.


Ce qui est intéressant, c’est que Claire a diffusé dans ses intérieurs sa propre personnalité, sa discrétion et ses convictions. Chaque hôte peut s’y retrouver. La partition est libre, la mélodie à composer. Les extérieurs sont tout aussi plaisants. On retrouve en contre-bas, une piscine au sel ainsi qu’un potager et un verger en permacultures. Les hôtes peuvent ainsi à leur guise agrémenter leurs menus de tomates, courgettes ou framboises. Le jour où j’ai rendu visite à Claire, un jour de canicule, elle était déçue face à la désolation de son jardin brûlé. Même s’il avait un petit côté désertique façon « Nouveau Mexique », je lui ai promis que je m’attarderai sur ses jolis extérieurs une prochaine fois, peut-être lors d’un reportage sur la partie privative du domaine…


Maison Magda mérite donc le regard. Située sur un terroir d’exception, elle ravira les épicuriens et amateurs de vin et de gastronomie. Flanquée au beau milieu de la campagne, elle plaira aux amoureux de la nature. Imaginée comme un lieu intemporel dans l’air du temps, elle charmera assurément les passionnés de décoration. Ce qui m’a le plus touché lors de cette rencontre, c’est que grâce à ce projet, Claire a vibré à nouveau pour son métier et a repris son activité d’architecte pour créer des lieux d’exception authentiques.

A l’instar de Charlotte ou Georgia, en tant que femme architecte passionnée, elle imagine, au delà d’un style décoratif dans l’air du temps, des univers qui insufflent un rapport harmonieux entre l’homme et son milieu. N’est-ce point là l’enjeu de toutes les créations à venir ?


