Fragonard parfumeur, 100 ans de raffinement et de fantaisie
Quoi de plus réjouissant que de fêter les 100 ans de la Maison Fragonard, en été, à Grasse, la capitale mondiale du parfum ! Rien que je sache. En effet, à l’occasion de son centenaire, outre des créations exclusives pour le célébrer, le Parfumeur a créé une exposition éphémère dans l’Usine Historique du centre ville. Je vous propose de partager cet exquis moment de célébration d’un siècle de passion, de création, de savoir-faire et de fantaisie au chant des cigales et au parfum des fleurs.

Pour accéder à la ville de Grasse, il faut accepter l’idée de tourner quelques instants le dos à la mer pour mieux se retourner une fois arrivé sur les hauteurs de ce « balcon sur la Méditerranée ». L’architecture provençale de la ville, ses façades colorées, ses ruelles étroites ombragées par les parapluies roses de la dernière Exporose de mai, la lumière du ciel azuréen, tous les jalons méridionaux sont ici déclinés.



Qu’il fait bon sentir la Provence authentique sur les hauteurs des collines cannoises ! Ce n’est pas pour rien que la dernière création de la Maison a été baptisée « l’Air de Grasse » ; cette fragrance a pour dessein de rendre hommage a ce qui fait l’identité à la fois de Fragonard en tant que tel mais aussi de la région, à savoir leurs jardins, leurs fleurs à parfum, la lumière à la fois si vive et si délicate et finalement l’Art de vivre tout bonnement.




Par ces chaleurs estivales, je me fais un plaisir de m’engouffrer dans l’Usine Historique, Boulevard Fragonard, évidemment, où se trouve l’exposition tant fantasmée.

Me faufilant entre deux rideaux jaunes qui théâtralisent mon entrée, je me retrouve dans la première salle parée d’un jaune soleil du sol au plafond.



Je fredonne sans me rendre compte les paroles de la chanson de Vanessa Paradis « Coeur ardent » car pour moi alors, c’est vraiment « le retour des beaux jours » :
« Soudain, j’entre dans la lumière
Le souffle court, le cœur battant
Dans le noir, il y a ce cœur ardent… »
C’est sans aucun doute le cœur ardent de cette Maison française qui a su depuis 100 ans faire perdurer un vent de qualité, de raffinement dédié au rêve, au beau et à la fantaisie.
Imaginé par les Ateliers Saint-Lazare et conçu comme une expérience immersive, sensorielle et colorée, la scénographie de cette exposition célèbre l’art de vivre provençal à travers un univers floral et lumineux où se mêlent couleurs, matières et parfums.


C’est surprenant car même les volets fermés, on a une sensation de lumière et de rayonnement. La pénombre de la pièce me faire croire que je suis seule à avoir le privilège de découvrir les affiches et les collections de flacons. Le côté bicolore décliné en jaune et blanc me fait penser aux fameuses rayures, symboles de la French Riviera, incarnant le soleil, les parasols vintage et la joie de vivre en Méditerranée.



Le parcours est pensé comme une promenade libre et met en avant l’histoire de la Maison à travers dix parfums emblématiques. « Suprême » chypré et sensuel dans les années 30, symbole d’un certain romantisme retrouvé ; « Belle de nuit », féminine et puissante, mon préféré depuis toujours, illustration de l’esprit libéré de l’après-guerre ; « Rendez-vous », témoin de la douceur de vivre des sixties et de la Riviera glamour et solaire ; « Zizanie », premier parfum pour homme imaginé pour développer le marché américain des seventies; « Fragonard », emblème de l’ère du floral opulent des années 80 ; « Soleil », fragrance lumineuse illustrant la chaleur et l’abondance de la Riviera de la fin du XXème siècle ; « Fleur d’oranger », hommage des années 2000 aux cueilleuses ; « Diamant « , oriental et floral, métaphore d’un certain luxe discret ; Enfin « l‘Oranger », création pour célébrer les 100 ans, témoin de l’ancrage et de la transmission des racines provençales chéries.


Sous le nom Fragonard calligraphié au plafond, des joyaux sous verre se dressent au milieu de l’espace. Présentés comme des œuvres d’art muséales, ce sont des créations contemporaines de l’artiste franco-tunisiennes Shourouk Rhaiem qui s’exposent fièrement. Flacons, packagings ou boîtes à bougies ont été méticuleusement recouverts de cristaux Swarowski pour devenir des icônes scintillantes.



Contre toute attente, ce n’est pas un effet bling-bling qui s’en dégage mais plutôt l’essence d’un luxe émotionnel, l’éloge d’une fantaisie. Agnès Webster, à la tête de la Maison Fragonard se confie en ces termes :
« Du plus loin que remontent mes souvenirs,
j’ai toujours été guidée par un imaginaire rempli de fantaisie. »
A travers cette exposition, on ressent une certaine façon de voir le monde, l’écho de personnalités au fil du temps comme si tout avait raison d’être, à condition d’être beau, joyeux et créatif.
Je continue ma déambulation poétique en accédant à la deuxième salle en enfilade tout aussi chatoyante décorée avec des fleurs XXL, comme un bouquet final.


Vanessa Paradis le fredonne une nouvelle fois, « les fleurs ne trichent pas ». Cette scénographie me réjouit. C’est comme si les créateurs avaient envie de voir se dessiner un sourire dans les yeux de ceux qui aiment cette Maison. Et c’est mon cas.


Sous les pétales géants des fleurs gigantesques, un espace documentaire en libre consultation contente la curiosités des visiteurs. Ici, ces derniers peuvent, dans une expérience olfactive des plus agréables, actionner les poires de gros flacons qui laissent s’échapper les délicates effluves du jasmin et autres fleurs odorantes.

Henri Matisse disait :
« Il y des fleurs partout pour qui veut bien les voir ».
Celles plantées au centre de cette pièce, on ne peut en faire fi, elles deviennent le décor d’une scène fantaisiste presque onirique pour mon plus grand bonheur de rêveuse que je suis.


Là, les portraits de la famille fondatrice trônent. C’est Eugène Fuchs qui fonda en 1926 la parfumerie Fragonard et s’installa dans l’une des plus anciennes usines de Grasse en nommant sa maison Fragonard en hommage au célèbre peintre du roi Louis XV, Jean-Honoré Fragonard, l’enfant chéri de la ville. Aujourd’hui, la maison se conjugue au féminin.

Depuis la fin des années 90, les trois filles de Jean-François Costa, Anne, Agnès et Françoise unissent leurs parcours complémentaires pour diriger la Maison et poursuivent avec passion la transmission de ce patrimoine. Elles transforment Fragonard en une véritable signature « Art de vivre » mêlant parfums, décoration et mode tout en préservant le savoir-faire artisanal hérité de leurs aînés.
Une dernière salle de l’étage nous retrace à travers de riches collections l’histoire du parfum et de ses usages ainsi que l’Art des Flacons.


Comme je ne suis pas rassasiée d’élégance, je me permets un passage en boutique pour le plaisir des yeux…et du nez cela va de soi. Je ne sais où donner de la tête : objets parfumés, accessoires précieux, bougies, carrés de soie, vêtements, savons iconiques… et parfums, encore et toujours des parfums.







On en oublierait presque la beauté du lieu qui nous accueille : tomettes, volets intérieurs, terrasses et nénuphars, le tout dans un esprit bastide tellement sobre et élégant…




C’est un univers complet de cette Maison où beauté, couleurs, raffinement et plaisirs se déploient dans cette splendide boutique mais dans le quartier entier également, de part et d’autre de la rue Jean Ossola…



Pour parfaire mon immersion, je me laisse tenter par trois expositions dans des Hôtels particuliers de la rue, proposées par la Maison Fragonard : une première dédiée au peintre Jean-Honoré Fragonard qui donna son nom au parfumeur, ce fameux peintre d’histoire, de genre, de paysages, sans oublier de scènes galantes… ; celle intitulée « Qui a peur des fleurs ? », un siècle de photographie de femmes autour de la puissance florale.



Enfin « Piqué de couleurs », proposant une riche collection de costumes féminins du XVIIIème siècle aux couleurs éclatantes et aux motifs enchanteurs.





Sans m’en rendre compte, j’ai dédié plusieurs heures de mon temps à cette Maison familiale Fragonard pour fêter dignement ses 100 ans et rendre hommage à ma manière à ce siècle de mémoire et de style, à cet art de vivre provençal si précieux, à ce savoir-faire et cette passion débordante pour la parfumerie, pour la création tout simplement. Fragonard est en 2026 bien plus qu’une maison de parfum. C’est un symbole moderne de raffinement, d’élégance qui célèbre la beauté de la Provence, un récit intime ouvert sur le monde.


