Hommage à la Maison Bouquet, près d’une décennie de raffinement
Fin janvier, le restaurant Maison Bouquet a tiré sa révérence après neuf ans de bons et beaux loyaux services à Roanne, ville de gastronomie reconnue. Au numéro 10 de la Place du marché, cet établissement a imposé discrètement sa singularité avec élégance. Fidèle à ce lieu exquis, je me devais de leur laisser un témoignage de reconnaissance, de gratitude tant il m’a accompagnée de près ou de loin durant ces dernières années.



Cet établissement est né la même année que mon Blog en 2017. J’aime à penser que ce ne fut pas un hasard. Je rêvais d’un tel lieu proche de chez moi. Oh je n’ai pas osé y entrer tout de suite… Il était installé dans un bel hôtel particulier du XIXème siècle, un peu intimidant comme s’il avait toujours été là. Je prenais alors un malin plaisir à passer régulièrement devant la façade à la tombée de la nuit afin de parvenir à apercevoir la décoration et l’ambiance feutrée qui s’en dégageait.



Et puis un jour, je me suis décidée à en franchir seule la porte pour une petite parenthèse à l’heure du goûter. C’était en décembre. Je m’offris mon thé préféré de chez Mariages Frères, le Marco Polo. Encore un signe de compatibilité évidente. Tout mon entourage sait que je suis une inconditionnelle de ce thé aux fameuses boîtes noires.


C’était décidé, ce tea time raffiné deviendrait ma petite routine du vendredi soir pour renouer avec le Beau et la sérénité avant le week-end. La subtile palette des couleurs profondes se mariait avec harmonie avec le savoureux papier peint « Savuti » qui inspirait à la fantaisie et au voyage à lui seul.



L’étape suivante fut de prendre le déjeuner en salle ou en terrasse. Contrairement aux idées reçues, cette adresse certes sophistiquée restait accessible. C’est si rare de trouver une table élégante proposant une cuisine raffinée, une originalité des saveurs le tout doté d’un service irréprochable et attentionné.



On sentait bien que Juan Penuela-Vallejos et Frederic Damery, les propriétaires souhaitaient prolonger l’expérience de leur divine maison d’hôtes à Ambierle, la Demeure Bouquet. On se sentait bien accueilli, que l’on vienne partager un repas ou simplement un verre. La sélection de leurs cocktails n’avait rien à envier à celle de leurs thés.

Juan et Frédéric savaient imaginer une gamme infinie de parenthèses de plaisirs. Je me souviendrais toujours des brunchs du dimanche. Bruncher à la Maison Bouquet, c’était comme marcher pieds-nus dans les pâquerettes l’été après la rosée du matin : un moment délicieux ! Ce lieu intime, élégant et ouaté avait l’allure du grand appartement d’amis que l’on avait plaisir à retrouver.

Mais c’est le soir que la table se révélait le plus chic. L’écrin presque couture prenait toute sa dimension esthétique. Le velours des chaises et banquettes, les lumières indirectes, l’élégance des couleurs et le sourire de Juan vous enveloppaient d’une chaleur ravissante.











La cuisine gastronomique des différents chefs qui se sont succédés prenaient tout son sens dans ce cadre et m’émerveillait crescendo par leur créativité et la subtilité des saveurs. Je remercie chaleureusement les chefs Thomas Gery, Julien Gourmelen et enfin le non moins talentueux Guillaume Assié pour m’avoir offert des repas de haute volée, une expérience culinaire mémorable digne d’un étoilé. Que l’on fut au rez-de-chaussée dans cette grande salle épurée ou à l’étage comme dans un grand appartement haussmannien, le bon se mariait avec le beau, le design contemporain avec une ambiance si confidentielle. Quand je ferme les yeux, je convoque mes sens pour me rappeler au hasard la saveur du filet de lieu jaune, l’oeuf 2.0 au plat mousseux à la truffe, la polenta crémeuse au pistou, la lotte nacrée, coquillages et salicorne le « foie mais pas trop gras » et le fameux Rocher Noisette. Une petite attention prolongeait toujours la soirée. Au moment de l’addition, une douceur sucrée repartait avec nous à la maison comme pour étirer un maximum cette parenthèse enchantée.









Si je devais élire la soirée la plus exquise, ce serait sans nulle doute celle déclinée autour de la truffe (mon indécent petit pécher mignon). Ce soir-là la « Tuber Mélanosporum » de ce menu provenait du marché de Saint-Paul-Trois-Châteaux et me ravit le palais au détour d’un rond de bœuf et d’un savoureux saint-pierre.








L’été, l’expérience se déclinait « hors les murs » sur la terrasse de la place du marché. A la lumière des halos discrets des petites lampes de tables, le décor se faisait des plus intimes tout en profitant de la fraicheur du soir protégé par la végétations des grandes jardinières et le feuillage des platanes centenaires.









Vous l’aurez compris, cette Maison fut bien plus qu’un simple restaurant pour moi. Il était un havre de paix, un cocon, une référence esthétique où le Beau et le Bon savaient me ressourcer. Mais si je dois être honnête c’est le sourire de Juan et son accueil délicat et chaleureux qui me manqueront le plus… J’ai du mal à imaginer que la Bourdaloue fut le dernier dessert du dernier menu servi en ces lieux tel un bouquet final. J’ai du mal à imaginer que lorsque je passerai dorénavant sur la place du marché, personne ne me saluera d’un signe de la main bienveillant. C’est ainsi.



« Quoi que nous fassions, nous ne sommes jamais maîtres du jeu ; le destin impose parfois ses choix. Le restaurant Maison Bouquet a définitivement fermé ses portes… Juste merci infiniment ».
Ce sont les derniers mots laissés par les propriétaires.

Pour ma part, en mémoire de ces neuf ans si précieux, à la manière de Balzac,
agréez mes souvenirs plein de bienveillance
et les respectueux hommages
que je suis heureuse de pouvoir vous offrir directement Juan et Frédéric…




Merci infiniment à Aurélie de Maaostudio pour les jolies photos de moi…
Souvenir d’un shooting mémorable à la Maison Bouquet en compagnie de Magalie Jeudi, créatrice de Maison Jeudi