Archi cool : Salon Maison & Objet janvier 2026, mes essentiels
Le dernier salon Maison&Objet Paris dédié à l’art de vivre, à la décoration et au design vient de fermer ses portes. Comme à chaque fois, il nous dévoile les dernières tendances de l’univers de la Décoration. En déambulant dans les allées, je ne suis pas à la recherche des goûts du moment par conformisme mais plutôt à la découverte des univers ultras créatifs et foisonnants des marques représentées. Je marche à l’envie et au coup de cœur. Je vous propose de partager ici mes pépites.

Cette édition était placée sous le mantra « Past reveals future», confortant l’idée que le design puise dans ses racines pour mieux s’élever. Le salon valorise ici une certaine forme de design habité où chaque mobilier porte l’empreinte d’une histoire en devenir.
Comme a pu l’écrire Hervé Bazin : « Une vie sans avenir est souvent une vie sans souvenir. » Alors souvenons-nous, n’ayons pas honte d’une quelconque nostalgie, regardons en arrière pour mieux avancer… sur la bonne voie de la création.

Avant de vous dévoiler mes 10 coups de coeur de cette édition (et d’un petit bonus hors série), laissons place en préambule aux scénographies What’s new ? qui plantent le décor, ainsi qu’au designer de l’année Harry Nuriev.
What’s new ? In decor by Elizabeth Leriche

Elizabeth Leriche, véritable chasseuse de tendances, a puisé une nouvelle fois dans la richesse du salon pour nous proposer une scénographie immersive en s’inspirant de l’architecture néo-classique. Elle s’est prêtée au jeu de la thématique et s’est interrogée sur les archétypes des époques, s’en est inspirée pour puiser les racines et pour mieux en réinterpréter l’imaginaire. Dès l’entrée, un grand fronton et une colonnade invitent le visiteur à rentrer dans une travée centrale mettant en scène des collections de céramiques et d’objets singuliers comme une nouvelle forme d’archéologie contemporaine. Le péristyle dévoile dans sa déambulation différentes capsules.
Un premier chapitre est consacré à une esthétique néo-grecque mettant en scène mobilier et céramiques.



Un second évoque une maison néo-romaine avant de plonger dans un décor Art Déco revisité. Chaque époque inspire la suivante, pour finir sur une vision néo-futuriste.






Les arts décoratifs sont remis à l’honneur avec des savoir-faire ancestraux pour créer des décors, du mobilier et des objets porteurs de sens. Le passé semble rassurer face à un avenir incertain. Impossible de se projeter dans le futur sans se reconnecter à nos racines. Encore faut-il ne pas oublier ce que l’histoire nous a appris pour ne pas en reproduire de fâcheux épisodes…
What’s new ? In Hospitality by Rudy Guénaire – Suite 2046

Partant du postulat qu’aujourd’hui tout se ressemble dans un monde où tout semble avoir été déjà dessiné, où la poursuite du confort est devenue l’unique préoccupation et cela quelque soit l’impact sur la planète, sur la beauté des paysages et des villes, le designer Rudy Guénaire nous fait embarquer dans La Suite 2046, un espace hors du temps, comme suspendu dans le Salon Maison&Objet, avec des hublots qui regardent vers un paysage de la décoration foisonnant, le tout bercé par la musique lancinante et mélancolique du thème du film Yumeji « In Mood for love« , de Shigeru Umebayashi. Face à ce tableau, le spectateur, ausculte minutieusement la chambre et ses objets en désordre tel un membre de la police scientifique, comme envouté par la mélopée de cette valse lente à trois temps.








Rudy Guénaire met en avant dans sa scénographie très inspirée du monde du cinéma, la dimension nomade du voyage, incitant à regarder vers l’horizon, le plus grand luxe possible pour lui. La Suite 2046, c’est une fenêtre sur l’imaginaire à travers de nombreux hublots, une chambre d’hôtel rêvée au-dessus des nuages à l’intérieur de laquelle, quelque soit l’époque finalement, des êtres humains se prélasseront, prendront leur petit déjeuner ou leur douche et feront l’amour…
Harry Nuriev, designer de l’année

Nommé Designer de l’année 2026, le créateur Harry Nuriev s’est prêté au jeu de la thématique de cette édition du salon et a imaginé tout un espace à son image, porté par les valeurs du Transformisme, titre de son manifeste. Avec lui, l’objet usuel est devenu collector. Sa vision futuriste nous propose une scénographie puisée dans la culture française des Arts Décoratifs de ces derniers siècles dans laquelle tout le mobilier, les objets ont revêtu une parure argentée répondant à la philosophie de sa création et aux injonctions de notre époque. Il a souhaité les réinterpréter, les remodeler dans un nouvel environnement. Il propose de poser un nouveau regard.




Sa démarche fait dans une certaine mesure conversation avec celle de Rudy Guénaire dans le sens où tout a déjà été créé, où il reste à l’humain à composer, à ressentir, à vivre tout simplement.
« Le transformisme est une façon de voir, de ressentir et d’agir. Nous vivons dans un monde saturé d’objets, de données et d’idées. Aujourd’hui, le véritable défi n’est pas l’invention, mais la perception. Ce n’est pas une époque pour l’innovation, c’est une époque pour la sensibilité, l’empathie et une réponse honnête, pour repenser et refaçonner ce que nous avons déjà surfait.«




En transformant tous ces objets, il leur a redonné quelque chose qu’ils avaient perdu sans effacer leur origine, mais en amplifiant leur essence.
« Il s’agit de donner une seconde vie aux objets qui ont perdu leur place. Il s’agit de créer du sens à partir de ce que les autres ne voient pas. Il s’agit de remettre en question ce que signifie la beauté aujourd’hui« .

Atelier Senimo, apprivoiser le bois pour mieux le révéler

Les pièces en frêne de l’atelier Senimo furent mon premier coup de foudre sur le salon. Elles font partie de la sélection du designer, architecte d’intérieur et directeur artistique Thomas Haarmann, la capsule CURATIO qui pose son regard sur un autre design, un design exclusif et sensible. Cette capsule CURATIO est un véritable hors-temps au cœur du secteur Signature, en partenariat avec AD France.
Les créations si actuelles de Fabien Colomines, tabouret, paravent, ou chaise longue, donnent un nouveau souffle pour la création. Elles révèlent avec élégance un artisanat contemporain qui s’exprime librement. Les lignes intemporelles des trois meubles, présentent le bois comme un matériau noble qu’il soit laqué crème, teinté naturel ou cérusé noir. Avant d’avoir une fonction, ces meubles sont avant tout des réalisations qui s’apparentent à de vraies œuvres artistiques définissant l’objet comme pouvant se suffire à lui-même. Les finitions sont d’une extrême délicatesse. On se doit juste de se retenir de caresser ce bois si merveilleusement mis en valeur.




All origine, l’art de collectionner les collections

Et si l’on se mettait à collectionner les collections? C’est ce que propose avec délice la marque italienne All’Origine. Imaginez des centaines de milliers d’objets ornementaux et utilitaires du début des années 1900 à la fin du XXe siècle. Chaque objet est sélectionné un par un dans toute l’Europe et présenté dans 50 catégories distinctes comme les arts de la tables, le sport ou la pharmacopée. Cette démarche répond finalement assez bien aux problématiques d’Harry Nuriev et de Rudy Guénaire, les designers « guest » de cette édition du salon. Rendons la part belle aux objets du quotidien, réunissons avec nostalgie nos madeleines de Proust pour en faire des curations précieuses. Le quotidien devient mise en scène artistique en donnant du charme et de l’authenticité à nos intérieurs et une deuxième vie aux myriades d’objets à première vue désuets. Pari réussi.








Uniqka, version monochromie « burgundy »

Uniqka, marque de design qui revigore les anciennes traditions artisanales avec un design contemporain, s’est bien fait remarquer sur le salon en arborant fièrement la couleur très actuelle et comble de l’élégance, le « burgundy ». En collaboration avec des designers du monde entier, Uniqka présente une série de produits, simples mais percutants et et inspirants déclinant les saveurs de ce rouge profond. Le design minimaliste et le savoir-faire exquis de chaque pièce transmet le raffinement. A la fois simples et singuliers, conjuguant le bois et le cuir à la manière d’écailles de dragons, les créations attirent l’œil et convoquent tous les sens…






Maison Jannette, théâtraliser la couleur

On peut dire que Maison Jannette a transformé l’essai sur le salon en imaginant un stand digne d’un décor de théâtre! Cette marque française imagine des papiers peints, des peintures, des panoramiques, des têtes de lit et des frises. Mais leur marque ne se résume pas à ça. Loin s’en faut. Déjà Maison Janette, c’est le choix d’une production locale et responsable et la garantie d’un véritable savoir faire. Les gammes de motifs sont dessinées à la main puis imprimées de manière traditionnelle. Mais c’est aussi et surtout une valeur ajoutée séduisante : celle d’offrir des déclinaisons chromatiques qui assurent des gammes harmonieuses entre les papiers peints, les peintures et les ambiances rêvées. Tout se mélangent avec saveur, tout s’associe avec délicatesse : un pur bonheur pour les yeux. Grâce à Maison Jannette, les intérieurs ont une âme, racontent une histoire et les couleurs et le sourire de l’équipe mettent de la joie dans nos quotidiens et en ce moment, je crois que ce n’est pas superflu….








V and V Macrame, renouer les liens avec la tradition
Oui, le macrame renvoie à des pratiques et des décorations désuètes de nos grand-mères. Oui, nous avons tous ou presque réalisé des caches-pots plus ou moins esthétiques au collège en cours d’E.M.T.(détail que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…). Mais V and V Macrame a su s’en emparer de manière actuelle et élégante. Il faut se rappeler qu’avant d’être une icônes des intérieurs des années 70, le macramé est un art ancestral , celui de nouer des cordons ou des fils dans des motifs géométriques et ce, depuis le Moyen Age.
Aujourd’hui, il fait son grand retour en apportant avec lui une perspective moderne dans la mode et la décoration de la maison. Ces mondes sont un éternel recommencement. Offrons au macramé une nouvelle chance d’envahir nos intérieurs comme nos extérieurs car il est le garant de la simplicité et du naturel.










Monochromic, ambiance aqua disco

Si vous me demandez de vous confier où j’aimerais être en ce mois de janvier si morose, je vous dirais au bord de la mer sous le soleil en train d’écouter les cigales. Si vous m’interrogez pour connaître sur quelle musique je souhaiterais danser pour éviter de penser au contexte sinistre de ces derniers temps, je vous répondrais sans hésiter le disco. Et bien Karine a réalisé mes rêves en imaginant un stand aqua disco! Les cigales iconiques de la marque Monochromic en céramique se sont laissées rejoindre depuis quelques temps par les gracieuses hirondelles et dernièrement par des poissons et coquillages. La force de ces objets décoratifs, ce sont les déclinaisons de couleurs. Accumulés, ils bouleversent la monotonie du quotidien, en solo, ils distillent un petit vent de poésie des plus agréables. On dirait le Sud, et ce n’est pas pour me déplaire!








Caroline Cutaia, habiter en vacances

En parlant de sud, voici un charmant rayon de soleil dans le monde de la céramique. Il s’agit de Caroline Cutaia aussi charmante que talentueuse. Sa collection « Habiter en vacances » révèle plus qu’une série d’objets, une véritable démarche artistique. Sa réflexion autour de la course du soleil révèle des créations qui répondent certes à une problématique mais réveillent en nous une pointe de nostalgie dont il ne faut point avoir honte. Si les formes des vases nous rappellent ceux de nos grand-mères chéries, les cartes postales que l’on prenaient un malin plaisir à écrire dans notre enfance se font éternelles comme gravées à tous jamais dans nos intérieurs mais surtout dans nos mémoires. Toute le démarche de Caroline se concentre sur les ombres portées au fil d’une journée. Ses vases à fleur unique bouleversent inconsciemment nos schèmes sur le temps qui passe et qui s’égrène d’Est en Ouest.
Cette rencontre fortuite au détour d’une allée du hall Kraft m’a ravie, a éveillé de douces et délicieuses émotions. Le hasard fait bien les choses. Le talent aussi.










DO-OQ Details, élégamment actuel

Née au Portugal, Dooq est une entreprise de design qui célèbre l’art de vivre luxueux. Elle crée des pièces qui éveillent les sens, puisant son inspiration dans la rencontre inattendue des contraires.
Quand on s’approche sur leur stand, on repère tout de suite une recherche approfondie des détails et la qualité des matériaux. Les lignes courbes intemporelles du mobilier se conjuguent aisément avec la sobriété et l’élégance des tonalités.
On ressent un certain équilibre dans les contrastes, créant des pièces où le féminin côtoie le masculin, le petit le grand, le doux le solide, le passé le présent, laissant ainsi éclore une dimension très actuelle, une nouvelle « nouvelle vague » où « la simplicité est la sophistication suprême » comme le prétendait Léonard de Vinci.









La Langue O Chat, Tisser la lumière

Devant la scénographie imaginée par La langue au chat, j’avais plutôt l’impression d’être devant une installation artistique que devant le showroom d’une marque… Je dois bien avouer avoir perdu mes repères tant la dimension muséale m’a interloquée. Sculpture? Textile? Tissage? Lumière? Je restai bouche bée.
Les luminaires imaginés par Véronique Carlotti et Isabelle Royer sont de véritables sculptures lumineuses hors du commun, réalisées en fil de cuivre et travaillées au crochet ou au tricot. Les pièces sont uniques ou en petites séries ce qui les rend encore plus précieuses. Présentées en chapelet, elles évoquent la délicatesse, la fragilité, la poésie et la sincérité. Avec La Lanque au Chat, la frontière entre l’art et l’artisanat est floue, voire inexistante et l’approche artistique de ses créatrices, il faut bien l’avouer m’a touchée en plein cœur









Objet de curiosité, oser le Beau singulier

« Flying to the moon and let me play among the stars… » Objet de Curiosité est mon « Sinatra », la marque la plus osée dans ce monde de la décoration. Cela va faire seulement sept ans que je suis la créativité débordante de Lilau et Pierre-Emmanuel et je ne m’en lasse pas. Bien au contraire! J’en veux encore et encore. Qui d’autres qu’eux vous font côtoyer « Vladimirovic » la tenue authentique d’un cosmonaute russe qui a participé à l’expédition MIR-24? Qui d’autres qu’eux vous permettent de prendre en main un morceau de l’histoire de l’humanité comme la météorite ferreuse Mundrabilla? Qui d’autres qu’eux vendent un Lapis Lazuli pesant 18,4 kg et mesurant 55 cm? Personne. Ils sont des collectionneurs de trésors, de curiosités en tous genres et ils nous permettent de le devenir. Ils osent être uniques et nous offrent le bonheur de pouvoir espérer l’être un jour. En cette période peu rassurante, rêver et garder la tête dans les étoiles est un vrai cadeau! Longue vie à Objet de Curiosités.









Maison Jeudi, hors série réconfortant
Je sais pertinemment que j’avais promis de me restreindre à seulement 10 coups de cœurs… Je m’octroie juste le plaisir de me garder un petit « Hors série » : Maison Jeudi. Je suis cette marque française de chauffeuses et poufs vintage depuis son début et c’est un vrai bonheur que de la voir grandir et évoluer ainsi. Cette année, de nouvelles couleurs sont apparues : le bordeaux clair, le zébré kaki et son côté voyage ou le « very bleu » tellement actuel. Magalie a même dévoilé une version luxe avec un pouf paré d’un tissu léopard parme audacieux mais so chic de la maison Kvadrat, qualité Tablu… On ne peut que craquer pour ces nouveautés et la gamme initiale pop ou pastel d’ailleurs. Bon vent à Maison Jeudi.










Ainsi s’achève ma sélection 2026, en espérant qu’elle vous ait plu. Kant disait « Le sublime touche, le beau charme ». Et bien en me promenant dans les allées du Salon Maison & Objet, j’ai été touchée, j’ai été charmée.
Rendez-vous pour une prochaine édition.


