Acte I : Un intérieur unique, objet de toutes les curiosités
Enfin ! Enfin ce jour était arrivé… Celui où j’allais découvrir l’intérieur tant fantasmé de Lilau et Pierre-Emmanuel pour qui j’ai eu un coup de foudre amical ce fameux jour de septembre 2019 au salon Maison & Objet. Six ans que je me demandais dans quel univers pouvait bien vivre ce couple d’esthètes d’une inénarrable créativité. Et si j’étais déçue ? Et si je n’avais pas de coup de cœur, et si il ne se passait rien ? Et si je ne ressentais rien ? Comment le leur cacher ? Mais après réflexion, comment cela aurait pu être possible ? Comment ces deux personnes (les plus stylées que je connaisse) auraient pu avoir un intérieur dénué de caractère, un intérieur qui nous laisserait sans émotion ? Je n’allais pas être au bout de mes surprises. J’étais sur le point de découvrir un lieu dont l’ipséité allait plutôt me laisser sans voix.
Première curiosité : le site. Qui d’autre qu’eux aurait pu imaginer un nid douillet dans une ancienne usine de fabrication de saucissons ? En même temps, est-ce que cela m’étonne de leur part? D’aucune manière. Ce site atypique ne pouvait que dévoiler un lieu de vie singulier à leur image… Encore fallait-il avoir le talent de scénographier les différentes pièces. Avec eux, une évidence.

L’entrée accueille au sens large du terme, tel le lobby d’un boutique hôtel. Elle souhaite la bienvenue à ses hôtes et plante un décor qui en dit déjà long sur le style et l’atmosphère désirés. La baie vitrée toute hauteur diffuse une lumière généreuse sur l’escalier-bibliothèque. Dans chaque niche, un objet qui invite à s’approcher, à se pencher, insolite, unique.




J’avais envie de me poser sur chacune des marches, step by step, pour explorer, inventorier tant de trésors. Cet escalier est un véritable cabinet de merveilles à lui tout seul, et je n’étais qu’au début de ma visite… et de mes surprises.




Avant de me hisser au septième ciel, je me suis d’abord aventurée au rez-de-chaussée réservé aux amis. Après quelques chambres dédiées, je me suis retrouvée dans une immense pièce à vivre quelque peu insolite, mélange de jardin d’hiver, de family room et de cabinet de curiosités.



Mélange des styles assumé, effet des plus garantis. Je ne sais plus où je suis et je perds mes repères… Dans un riad ? Une orangerie ? Un musée ? En tout cas un lieu de vie, assurément. Lilau me confie qu’avec Pierre, ils avaient même eu l’idée d’y déposer une caravane pour y ajouter une chambre pour les enfants ou les copains de passage.

Pour masquer le plafond un peu trop brut, ils ont eu la bonne idée de tendre d’immenses toiles de jute, ce qui donne un souffle de voyage à cet espace atypique.



Je me décide enfin à gravir les marches d’escalier car je sais que la vie se crée à l’étage. D’ailleurs, Lilau m’attend dans le salon que je découvre. Là, je reçois une véritable claque.

L’émotion m’envahit. Je sais qu’elle me regarde comme si elle attendait un verdict. Les larmes aux yeux, je la prends dans mes bras et lui avoue que je suis conquise. L’atmosphère de cette grande pièce est telle que je sais par avance que mes mots et mes photographies ne seront pas à la hauteur de ce que je suis en train de ressentir.






Tout y est pour me ravir et je sais que je suis en train de prendre une vraie leçon de style : les verrières des anciens ateliers de l’usine, les parquets, la bibliothèque dont les tranches des livres sont rangés par camaïeux de couleurs, les fauteuils vintage, le plinth de gymnastique en guise de table basse, le mobilier design en général. Et surtout, surtout, les objets. Pas n’importe quels objets. Ceux de leurs créations, tout droit sortis de leur imagination féconde.





Tout me plait. Car tout leur ressemble. Comment ont-ils pu réussir à rassembler et mixer autant de pièces disparates en réussissant à créer une harmonie aussi aboutie ? A chaque regard, une collection de curiosités précieuses.


La cuisine-salle à manger logée dans les anciens bureaux contraste par sa dualité graphique et la sobriété de ses tons.




Avant de m’aventurer dans l’espace nuit, je m’attarde dans le jardin au verso de la maison. Chaque espace, chaque recoin est exploité pour nous inviter à paresser ou converser dans des ambiances joviales ou intimes.



Sur le palier, prolongement de l’escalier, un piano. Un miroir de sorcières XXL. Des portraits de famille. Un papier peint. LE papier peint qui s’affranchit de tous les codes et qui donne à la petite pièce un style incomparable. Savoir que son motif est la réplique d’une version miniature réalisée sur un œuf par l’une de leur fille, véritable artiste, n’en est que plus émouvant et unique.





Pour accéder à leur chambre, je passe devant une petite pièce télé cachée derrière une verrière qui a su conserver la petite trappe par laquelle les ouvriers recevaient la paie du mois ou de la semaine.

Dans la chambre, en guise de tête de lit, Lilau et Pierre ont imaginé un assemblage de plaques en métal gravé en relief issues de leurs propres collections « Objet de Curiosité » qui se suffisent à elles-mêmes et donnent un cachet à l’ensemble. Elles sont adoucies par le vert tendre des autres murs qui se confond avec la végétation extérieure et une moquette généreuse sur laquelle on a juste envie de se lover.



Et puis bien sûr, encore et toujours des objets conversant avec des meubles de métier en accord avec le passé des lieux. Dans une vitrine, sont exposées des petites merveilles et une paire d’escarpins Louboutin de Lilau exposés comme un trésor. Ce clin d’oeil me fait sourire instinctivement car j’aurais pu les présenter de la même manière !





La salle de bain s’inscrit dans la même vibration : élégance, cachet et fantaisie ; une sorte de version spirituelle et sacrée de celle d’Andrée Putman, agrémenté d’un prie-dieu en guise de valet de chambre.

Ma déambulation achevée, je rejoins mes hôtes pour partager un ultime épisode amical où le rire va bon train. Dans cette maison, Lilau et Pierre ont su composer à quatre mains un univers à leur image, fidèle aux merveilleux et époustouflants stands qu’ils proposent sur les salons depuis toujours. Par cet intérieur, objet de toutes mes curiosités, je viens de découvrir la version intime de leur créativité, ce qui prouve qu’ils ne trichent à aucun moment, que ce soit dans leur vie professionnelle ou personnelle.

On ne peut jamais être déçu avec des personnalités si sincères et si hors du commun. Ils osent être uniques tout simplement, et ce, pour le plus grand plaisir de ceux qui croisent leur chemin. Comme le disait François de La Rochefoucauld :
«La curiosité n’est pas un goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau,
mais pour ce qui est rare, unique, que les autres n’ont point ;
ce n’est pas un amusement, c’est une passion. »
Je confirme ses pensées. La maison de Lilau et Pierre-Emmanuelle est rare et unique à l’image de ses propriétaires. Elle fut l’objet de ma curiosité le temps de mon reportage. Leur amitié le sera le temps du reste de ma vie.


