Déco-nnexion avec Victoria-Maria Geyer

Victoria-Maria Geyer est une designer et architecte d’intérieur basée à Bruxelles. Son travail, largement salué par la presse internationale, se décline à travers un mélange des genres, un mix des époques et des nuanciers osés. C’est cette signature qui la rend à la fois si identifiable, si singulière et surtout si passionnante. Au royaume unique de VICTORIA-MARIA Interior Design, lumière, textures et couleurs sont reines. Bienvenue dans l’univers éclatant, décomplexé et stylé de Victoria-Maria Geyer

  1. Vous baptisez vos projets de rénovation par des prénoms comme par exemple Maud à Zurich, Charlotte à Bruxelles, Alfred au Luxembourg, Diane à Londres ou encore Oscar à Sienne, un peu comme on a coutume de nommer les ouragans… En quoi vos réhabilitations peuvent être apparentées à de véritables tempêtes de couleurs, de cyclones de matières, de bourrasques d’ornementations, bref de tornades de style ?

    On leur donne un prénom parce que chaque projet a une identité claire, presque comme un client à part entière. Et la comparaison avec une tempête fonctionne bien : on ne fait jamais un simple “refresh”. On recompose tout avec des couleurs plus assumées, des matières plus riches, des motifs, des détails… souvent en couches, jusqu’à obtenir un résultat fort et très marqué. L’idée, c’est de transformer un lieu banal en intérieur avec du caractère, cohérent et unique.

    Crédit photo – Clément Vayssieres

    2. Véritable passionnée d’histoire de l’Art, vous redonnez vie à des intérieurs tous plus différents les uns que les autres, loin des clichés minimalistes, que ce soit dans des maisons de famille du XIXème siècle, des élégants appartements, des châteaux historiques, des maisons de campagne authentiques, des demeures art nouveau, brutalistes, post modernistes, que sais-je encore… Quel est votre terrain de jeu idéal pour affirmez votre légendaire MAXIMALISME ?

      Mon terrain de jeu idéal, c’est tout ce qui a déjà vécu. Une maison avec un passé, un appartement avec du caractère, un lieu atypique qui raconte quelque chose avant même qu’on y pose un meuble. J’ai besoin d’un décor qui a une âme, des aspérités, des traces, une histoire à prolonger plutôt qu’à effacer.

      Le neuf, l’aseptisé, le “parfait” sans accident… très peu pour moi. Ça manque de relief, de tension, de surprises. Alors que dans un lieu habité, il y a déjà une matière émotionnelle incroyable : une belle hauteur sous plafond, un parquet qui craque, une moulure qui a vu passer plusieurs époques…

      Crédit photo – Amaury Laparra

      3. Quand vous décorez un lieu, vous jouez des couleurs, des courbes, vous chahutez les références mais surtout vous adorez « mettre en détail » et c’est ce qui caractérise « la Victoria-Maria touch ». Ainsi, tandis que certains ont la phobie des araignées, des avions ou de la foule, vous, vous avouez sans complexe votre phobie des « rideaux trop courts » vous poussant à créer systématiquement des ourlets avec un gros cassant de 8 cm. Avez-vous d’autres phobies inavouables en décoration qui décline l’exigence de votre signature ?

        Oh oui, Première phobie : peindre un seul mur. Le fameux “mur accent” qui fait semblant d’oser. Pour moi, soit on y va, soit on n’y va pas. Un intérieur doit être une expérience, pas une hésitation.

        Deuxième phobie : le papier peint à palmiers. Ça a eu son moment, mais aujourd’hui… c’est devenu un réflexe mais pour moi, tout ce qui ressemble à “déjà vu” me donne envie de prendre le contre-pied.

        Crédit photo – Amaury Laparra


        4. Vous avez le don rare, loin des clichés « boring », de pouvoir accorder dans une même pièce contre toute attente, un pied de poule, du moutarde, du laiton et du marbre, le tout en parfaite harmonie. A l’instar des candidats de l’émission culinaire Top Chef qui doivent imaginer avec brio une création gastronomique dans l’épreuve du « panier mystère », rien ne vous arrête pour mobiliser votre fantaisie. Quel est le secret magique de votre créativité ?

        Franchement, c’est très simple : continuer de s’inspirer en voyageant. Sortir de ses références, quitter ses habitudes visuelles, aller chercher ailleurs des combinaisons qu’on n’aurait jamais imaginées chez soi. Une façade, un marché, une mosaïque, une chambre d’hôtel un peu folle, une couleur vue sur un rideau au détour d’une rue… tout devient matière à création. Et surtout : garder un regard curieux d’enfant. Ne jamais se blaser. Se laisser happer par un détail, poser des questions, observer les matières, les motifs, les associations spontanées.

        Crédit photo – Matthieu Salvaing

        5. En 2017, vous vous êtes lancée dans un chantier plus personnel en rénovant pour votre famille l’Hôtel particulier Brugmann à Bruxelles. Comme dans vos autres projets, à contre-courant des intérieurs tendances vus et revus, s’invitent tel un crédo imparable, la fantaisie comme le marmoreal de votre cuisine, la couleur comme le jaune mimosa et le vert fougère de votre chambre et l’élégance des nombreuses pièces de design comme les fauteuils Elda de Joe Colombo de votre salon. A la manière de votre rubrique VM’s KNOW-HOW qui partage volontiers une partie de vos connaissances essentielles en matière de décoration, HOW did you manage to make your own sweet family home a confortable place « où il fait Beau vivre »?

          Pour moi, le confort n’est pas l’opposé du style, c’est la base. Un “beau” chez-soi n’a de valeur que s’il est réellement habité, pratiqué, aimé. Donc oui, c’est important de trouver de jolies pièces mais elles doivent avant tout être utilisables et confortables. Une assise doit donner envie de s’y jeter, une table doit vivre, un canapé doit accueillir. Et avec trois enfants à la maison, on devient très vite pragmatique… sans rien sacrifier. Mon conseil imparable : côté tissus, choisir un motif. C’est presque une technique de survie esthétique. Les taches deviennent invisibles, la vie peut se passer, les goûters peuvent exister, et le décor reste impeccable.

          Crédit photo – Matthieu Salvaing

          Un grand merci à Victoria-Maria et à très vite pour une nouvelle Déco-nnexion!

          Laissez un commentaire

          Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

          Publication précédente